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« …Je ne m’habitue pas à cette médiocrité !… « .  Si la voix de Dominique de Villepin, auteur d’une diatribe fracassante un lundi de novembre, avait longuement résonné entre les murs du studio du Grand Journal de Canal +, son écho aurait trouvé dès le mardi suivant une ouïe idéale. Car à la brève évocation de sa sortie de la veille sur le « parler rebeu« , Florent Pagny a fourni en même lieu, une prestation de piètre qualité.

Enjoint par les hôtes et singulièrement par Ali Baddou, de préciser sa définition du « parler rebeu« , Florent Pagny livra un florilège de l’idiome en question. « Ziva papa keskonmange ce soir » formulé par son fils, Inca, un soir, au retour de l’école, serait assez représentatif du « parler rebeu« . Inquiet d’entendre Inca causer ainsi, Florent a, notamment pour cette raison, convenu de scolariser son fils hors de France, à Miami. Car, toujours selon le chanteur, accrocher « le groupe de tête » n’est pas compatible avec le « parler rebeu« , synonyme de « traîner« … dans le groupe de queue.

Par cette incartade, Florent Pagny associe de manière inélégante « rebeu » à « groupe de queue« .  L’analogie n’est pas anodine car elle rapproche une donnée ethnique à un fait social. Construction mentale susceptible d’alimenter les discours populistes les plus virulents. Cela étant l’élaboration de cette parole s’inscrit en tout état de cause et de manière parfaitement cohérente dans un environnement socioculturel donné.

« Rebeu » est le résultat en argot verlan du double traitement linguistique du terme: arabe. Il met en évidence, sans doute arbitrairement et de manière familière, la qualité ethnique des français d’origine nord-africaine et désigne, le plus souvent et sans grande nuance, des « djeuns » de quartier populaire issus de cette même ethnie. Ceux dont Florent Pagny refuse que son fils en imite le langage hétérogène.

Produit de la culture populaire, « Rebeu » est un concept à mettre en relation avec l’idée d’une segmentation ethnique de la société. Un « différentialisme » sommant les membres supposés de groupes nommés, de se définir en tant que tel. Ce qui, dans l’idéal républicain, revêt, à notre sens, un caractère aliénant voire dégradant pour le sujet. En effet, à titre d’exemple, cette conceptualisation permet aisément d’attribuer sans finesse une particularité comme « groupe de queue » à une somme d’individu.

Bien qu’il soit indécent de souligner le fait que Florent Pagny a davantage brillé sur scène qu’il ne s’est enrichi sur les bancs de l’école, il parait évident qu’en évoquant un « parler rebeu« , de surcroit préjudiciable à l’épanouissement de son fils, il ne fait probablement qu’exprimer l’intégration inconsciente de ce concept à une pensée déficiente et appauvrie.

Ce qui nous semble en revanche plus incongru est l’attitude du journaliste Ali Baddou qui, loin de se positionner au dessus de la mêlée, engage son intégrité ethnique. Ainsi en exposant sa « nord-africanité » à la pique du ménestrel, le fils de diplomate, ancien élève d’Henri IV, s’envisagerait comme « rebeu« . Par cela, cette posture révèlerait une intériorisation « pavlovienne » du concept de « rebeu » ou dénoterait, de manière plus improbable, d’une pose branchée.

En plein lancement de son nouvel opus, Florent Pagny a fort à faire pour soulager la fébrilité soudaine et non désirée des chargés de communication attelés à la tâche. D’excuses publiques en sourire amical sur l’antenne de RTL, partenaire officiel de la promotion de l’album, le barde est contraint d’agir vite et bien.

Ce qu’a incontestablement omis Florent Pagny c’est la fonction sociale octroyée par la prise de parole publique, qui plus est à grande échelle. On objectera certes le caractère spontané et frondeur de la personne comme une qualité vendeuse. Mais une marchandise, avant sa mise à disposition au chaland, fait l’objet d’un contrôle sérieux puis reçoit éventuellement une certification « bon à la consommation »

A l’instar du comportement irresponsable de personnalité comme Brice Hortefeux ou plus récemment Jean-Paul Guerlain, le devoir de réserve qu’incombe la mise sur le marché de la parole destinée au grand public, est manifestement de moins en moins suivi. Mais avec la multiplication relativement récente des fenêtres l’augmentation de la fréquence de ces bourdes est difficilement observable.

Au-delà du spectacle affligeant de la médiocrité offert par Florent Pagny, la vue naïve que la bienséance juste et équilibrée gouverne les esprits de ceux qui occupent l’espace médiatique, peut être fortement ébranlée aux yeux du grand public.

Marc Chailleby

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